Sommaire
- Strasbourg : le plus vieux marché de Noël d’Europe (depuis 1570)
- La cathédrale de Strasbourg et son marché
- Colmar : le marché dans la vieille ville médiévale
- Kaysersberg : le village natal d’Albert Schweitzer et son marché
- Riquewihr et Eguisheim : les villages préservés
- Les bredele et les spécialités culinaires des marchés
- Le vin chaud et le schnapps : chauds remèdes alsaciens
- Organiser sa visite : conseils pratiques et hébergements
Quand décembre s’installe sur l’Alsace et que les premières neiges poudrent les sommets vosgiens, toute la région se transforme en un immense décor de conte. Les façades à colombages revêtent leurs guirlandes lumineuses, les places de village accueillent leurs chalets de bois, les odeurs de vin chaud épicé et de pain d’épices se mêlent dans l’air piquant de l’hiver. Cette métamorphose n’est pas une construction moderne à des fins touristiques : elle plonge ses racines dans une tradition pluriséculaire qui fait des marchés de Noël alsaciens les plus authentiques et les plus respectés de toute l’Europe. Ici, la fête de Noël n’est pas un habillage commercial superficiel — c’est une manière d’être ensemble, de partager la chaleur collective face au froid, de perpétuer des gestes et des saveurs qui résonnent avec l’histoire d’un peuple entre deux cultures. Strasbourg et son Christkindelsmärik vieux de plus de quatre siècles, Colmar et ses marchés dans la vieille ville médiévale, Kaysersberg et ses ruelles pavées illuminées — chaque destination a son caractère propre, son atmosphère unique, ses spécialités à découvrir et ses moments magiques à vivre.
Strasbourg : le plus vieux marché de Noël d’Europe (depuis 1570)
Le Christkindelsmärik — littéralement “marché de l’Enfant Jésus” en alsacien — de Strasbourg est le doyen des marchés de Noël européens. La première mention écrite de ce marché remonte à 1570, sous le règne de Ferdinand Ier, bien que des foires hivernales existaient probablement dans la ville bien avant cette date. Depuis plus de quatre siècles et demi, les Strasbourgeois ont maintenu cette tradition vivante, traversant guerres, occupations et transformations politiques sans jamais y renoncer.
Aujourd’hui, le Christkindelsmärik réunit plus de 300 exposants répartis sur plusieurs places et rues du centre historique. La place Kléber, avec son gigantesque sapin de Noël — souvent l’un des plus grands arbres de Noël naturels d’Europe, décoré de milliers d’ornements de verre soufflé fabriqués à Meisenthal — constitue le cœur lumineux du marché. La place de la Cathédrale, les allées de la Robertsau, la place Broglie et les rues de la Vieille Ville complètent l’ensemble pour créer une expérience immersive qui s’étend sur plusieurs kilomètres à pied.
La sélection des exposants du Christkindelsmärik est rigoureuse : les chalets de bois traditionnels accueillent des artisans locaux et régionaux qui proposent des créations originales — jouets en bois, bijoux artisanaux, céramiques peintes, tissages vosgiens, ornements de sapin en verre soufflé ou en céramique. Les produits alimentaires sont tout aussi sélectionnés : bredele et spécialités pâtissières, pain d’épices, confiseries artisanales, bretzels chauds, flammekueche et foie gras constituent l’essentiel des stands gourmands. L’atmosphère est unique : malgré l’affluence parfois considérable (jusqu’à deux millions de visiteurs sur l’ensemble de la période), la magie opère, renforcée par la musique traditionnelle alsacienne qui s’élève des chalets et la lumière chaude des guirlandes qui nimbe les façades à colombages de la ville.
La cathédrale de Strasbourg et son marché
La cathédrale Notre-Dame de Strasbourg est bien plus qu’un décor pour le marché de Noël : c’est le cœur battant de la ville, le monument autour duquel s’organise toute la vie strasbourgeoise depuis neuf siècles. Chef-d’œuvre de l’art gothique rhénan, avec sa façade ornementée à l’extrême et sa flèche qui s’élance à 142 mètres de hauteur — pendant des siècles la plus haute construction du monde —, elle impose sa présence majestueuse sur la place de la Cathédrale où se tient l’une des portions les plus animées du marché de Noël.
La cathédrale gothique de Strasbourg est un objet d’étude et de contemplation à part entière, avec son fameux portail du Jugement Dernier couvert de statues médiévales, sa rosace occidentale en vitrail coloré et, à l’intérieur, l’extraordinaire horloge astronomique qui donne l’heure depuis le XVIe siècle et propose chaque jour à midi trente une parade d’automates. Durant les marchés de Noël, la cathédrale est illuminée d’un éclairage spécial qui fait ressortir les détails de sa façade en grès rose vosgien avec une magnificence saisissante.
La place de la Cathédrale accueille un marché spécialisé dans la crèche et les santons, tradition qui remonte au XVIIIe siècle. Les artisans proposent des santons peints à la main, des crèches en bois sculpté, des figurines en argile et des accessoires de décoration de Noël d’inspiration religieuse. C’est un marché plus recueilli que le Christkindelsmärik principal, qui attire des collectionneurs et des familles souhaitant enrichir leur décoration de Noël avec des pièces de qualité artisanale.
Colmar : le marché dans la vieille ville médiévale
Colmar est souvent présentée comme la rivale de Strasbourg pour le titre de plus belle ville alsacienne, et les marchés de Noël y jouent un rôle décisif dans cette rivalité amicale. La ville basse-rhinoise possède un atout de taille : un centre historique parmi les mieux préservés d’Europe, avec ses rues à colombages multicolores, ses canaux bordés de maisons à reflets dans l’eau et ses places médiévales qui semblent échappées d’un tableau de Lucas Cranach.
Colmar organise non pas un mais plusieurs marchés de Noël thématiques répartis dans différents quartiers de la vieille ville, créant ainsi un parcours à pied qui incite les visiteurs à découvrir la ville dans tous ses recoins. Le marché de la place de l’Ancienne-Douane et de la place de la Cathédrale propose les artisans et les produits gastronomiques régionaux traditionnels. La Petite Venise — le quartier des tanneurs et des maraîchers bordé par la Lauch — accueille un marché romantique avec illuminations au bord de l’eau. Le marché des Dominicains se tient dans la cour du couvent éponyme et propose une sélection plus intimiste.
L’ambiance de Noël à Colmar est différente de Strasbourg : plus calme, plus accessible, plus propice à la déambulation contemplative. La ville reste à taille humaine, et même en décembre il est possible de se promener dans les ruelles sans se retrouver pressé par la foule. Les visiteurs qui souhaitent vivre l’expérience des marchés de Noël alsaciens de manière plus sereine et moins touristique préfèrent souvent Colmar à Strasbourg pour cette raison.
Kaysersberg : le village natal d’Albert Schweitzer et son marché
Kaysersberg est l’un des joyaux du vignoble alsacien, un village médiéval de quelques milliers d’habitants niché au débouché de la vallée de la Weiss dans le Haut-Rhin. Connu pour avoir donné naissance à Albert Schweitzer, prix Nobel de la paix 1952, le village est aussi réputé pour l’exceptionnelle conservation de son patrimoine architectural : château médiéval en ruine qui domine le village, fontaine monumentale de la Renaissance sur la place centrale, pont fortifié enjambant la Weiss, et des dizaines de maisons à colombages datant des XVe et XVIe siècles.
Le marché de Noël de Kaysersberg — élu “plus beau marché de Noël d’Europe” par plusieurs publications spécialisées — se tient dans ce cadre exceptionnel pendant les quatre week-ends de l’Avent. Son originalité est de proposer uniquement des artisans et des producteurs locaux ou régionaux, excluant délibérément les produits industriels et les revendeurs de babioles importées. On y trouve des bijoutiers alsaciens, des potiers, des sculpteurs sur bois, des brodeurs, des confiseurs artisanaux, des vignerons du village et des fabricants de pain d’épices — un véritable conservatoire du savoir-faire régional.
La maison natale d’Albert Schweitzer, ouverte en musée, propose des expositions temporaires en lien avec Noël et l’humanitaire pendant toute la période. Le château médiéval, illuminé en soirée, forme une toile de fond spectaculaire pour les photographies nocturnes. Les animations pour enfants — défilés de Saint-Nicolas avec ses ânes, démonstrations de fabrication de bredele, contes alsaciens — font de Kaysersberg un marché particulièrement adapté aux familles avec de jeunes enfants.
Riquewihr et Eguisheim : les villages préservés
La route des vins d’Alsace en décembre est un enchantement particulier. Riquewihr et Eguisheim, deux des villages les mieux préservés de la région, méritent le détour à la période de Noël pour des raisons différentes mais complémentaires. Riquewihr, souvent surnommée “la perle du vignoble”, est un village intégralement clos dans ses remparts médiévaux, dont les ruelles pavées et les maisons à colombages du XVIe siècle semblent n’avoir pas changé depuis la Renaissance. En décembre, illuminée de guirlandes et de lampions, elle ressemble à un livre pop-up grandeur nature.
Eguisheim, cité médiévale circulaire construite autour de son château épiscopal, a été classée “village préféré des Français” en 2013. Son marché de Noël se tient dans les ruelles concentriques de la vieille ville et dans la cour du château, avec une sélection d’artisans et de producteurs locaux soigneusement choisis. Le village possède plusieurs caves viticoles de qualité où les visiteurs peuvent déguster et acheter les vins des vignerons de l’appellation Alsace Grand Cru Eichberg et Pfersigberg.
Ces marchés de villages — plus petits, moins fréquentés que ceux des grandes villes — permettent de vivre une expérience authentique de Noël alsacien, de discuter avec les artisans et producteurs locaux, de prendre le temps de goûter et de choisir des produits avec discernement. Ils représentent ce que les marchés de Noël alsaciens ont de plus précieux : non pas un spectacle pour touristes, mais une fête communautaire enracinée dans l’histoire et les traditions d’un territoire.
Les bredele et les spécialités culinaires des marchés
Les marchés de Noël alsaciens sont inséparables de leur gastronomie festive, dont les bredele constituent le symbole par excellence. Ces petits gâteaux secs de l’Avent se déclinent en dizaines de variétés dans les familles alsaciennes et chez les pâtissiers artisanaux : butterbredele aux formes variées coupées dans une pâte sablée au beurre et à la vanille, anisbredele dont la surface cristallise à la cuisson en une légère croûte anisée, schwowebredele roulés aux amandes et au citron, spritzbredele poussés à la seringue à pâtisserie en étoiles et en bâtons, zimtsterne découpées en étoiles avec de la poudre de noisettes et de la cannelle, leckerle au pain d’épices et aux noisettes.
La fabrication des bredele est en Alsace un rituel familial de l’Avent, une veillée collective où les enfants s’activent aux côtés des adultes pour étaler la pâte, découper les formes et décorer les gâteaux de glaçage coloré ou de sucre cristallisé. Les marchés de Noël permettent d’acheter ces bredele artisanaux chez des producteurs qui les préparent selon des recettes familiales, une alternative précieuse pour ceux qui n’ont pas eu le bonheur de grandir dans une famille alsacienne.
Outre les bredele, les stands gourmands des marchés proposent la flammekueche chaude sortant du four à bois, les bretzels encore tièdes, la knack grillée dans son pain brioché, les marrons chauds, les pommes d’amour, les oranges givrées et, bien sûr, les spécialités de foie gras et de charcuteries alsaciennes emballées pour le transport. C’est aussi le bon endroit pour acheter les ingrédients nécessaires à la confection des recettes de Noël : épices en vrac, pain d’épices pour accompanier le foie gras, confits de fruits et gelées de coings.
Le vin chaud et le schnapps : chauds remèdes alsaciens
L’Alsace en hiver, c’est une affaire de boissons chaudes. Le vin chaud — Glühwein dans la tradition germanique, vin de Noël dans la tradition française — est la boisson emblématique des marchés alsaciens. Sa préparation n’est pas anodine : on utilise préférentiellement un Pinot Noir léger et fruité ou, pour les versions blanches de plus en plus populaires, un Riesling ou un Sylvaner, auxquels on ajoute des épices (cannelle, anis étoilé, girofle, cardamome), du sucre selon les goûts et parfois des écorces d’orange et de citron.
Le résultat doit être chaud sans jamais bouillir — la chaleur excessive détruit les arômes délicats du vin — et suffisamment sucré pour équilibrer l’acidité du cépage sans masquer ses arômes fruités. Servi dans un joli mug en céramique que les visiteurs conservent souvent comme souvenir, il se déguste debout, enveloppé dans son manteau, face au feu de camp qui brûle au centre de certaines places, les mains réchauffées autour de la céramique.
Le schnapps — eau-de-vie locale produite par les distilleries artisanales alsaciennes — est le remède au froid radical : quetsche, mirabelle, framboise des Vosges, poire williams, voire la rarissime eau-de-vie de houx dont la réglementation de production est très stricte. Ces eaux-de-vie artisanales, distillées dans les alambics de cuivre des bouilleurs de cru alsaciens, accompagnent le bredele ou le fromage blanc aux herbes dans les winstub qui prolongent la soirée des marchés bien au-delà de leur fermeture officielle.
Organiser sa visite : conseils pratiques et hébergements
Visiter les marchés de Noël d’Alsace demande une organisation minimale pour profiter pleinement de l’expérience sans être submergé par la foule ou déçu par des imprévus pratiques. Premier conseil absolu : évitez les week-ends du 8 et du 15 décembre, qui sont les plus fréquentés de toute la période. La semaine du 2 au 6 décembre et la semaine précédant Noël en semaine offrent une atmosphère plus paisible et des possibilités de parking ou de logement plus facilement accessibles.
Les transports en commun sont fortement recommandés : depuis Paris, le TGV relie Strasbourg en 1h47. Le réseau TER Alsace permet ensuite de rejoindre Colmar, Sélestat ou Obernai en quelques minutes. Pour visiter les villages du vignoble comme Kaysersberg ou Riquewihr, la location d’un véhicule reste nécessaire, ou la participation à une excursion organisée au départ de Colmar ou de Strasbourg.
Pour l’hébergement, réserver plusieurs mois à l’avance est indispensable. Les gîtes et chambres d’hôtes dans les villages du vignoble offrent une immersion plus authentique que les hôtels des grandes villes, avec souvent la possibilité de déguster les vins du producteur qui vous héberge au petit-déjeuner. Les prix des hébergements augmentent sensiblement en décembre, mais les offres combinées transport-hébergement-marchés proposées par les offices de tourisme régionaux permettent souvent de maîtriser les dépenses tout en bénéficiant d’un programme optimisé.
La durée idéale pour une découverte sérieuse des marchés de Noël alsaciens est de trois à quatre jours : une journée à Strasbourg pour le Christkindelsmärik, une journée à Colmar pour ses marchés thématiques, et une journée dédiée au vignoble avec Kaysersberg, Riquewihr et Eguisheim — des villages que l’on peut aussi découvrir en saison sur la route des vins d’Alsace. Cette organisation permet de vivre les différentes atmosphères que propose la région, de la grandiose à l’intimiste, sans jamais perdre de vue l’essentiel : la magie simple d’une région qui sait célébrer l’hiver avec élégance et générosité.
